Au commencement, il y avait une terre.
Une terre sans frontières imposées ni mensonges écrits.
Une terre vaste et féconde, confiée par Dieu.
Au commencement, il n’y avait ni chaînes ni domination.
Il y avait une liberté originelle,
née des fleuves éternels,
de la terre rouge,
et de la mémoire des ancêtres.
Et au commencement, il n’y avait pas seulement un territoire.
Il y avait un rêve.
Le rêve d’une nation grande et fière,
d’une civilisation debout,
d’une puissance continentale,
d’un phare pour les générations noires du monde entier.
Au commencement, il y avait la noblesse.
Des royaumes droits, des peuples dignes, des rois puissants,
des hommes libres, des femmes fières.
Et au commencement, il y avait un rêve.
Un rêve de grandeur, de dignité, de liberté.
Un rêve de justice, de vérité, de fraternité.
Ce rêve est encore vivant.
Il est dans le cœur des enfants,
dans la mémoire des anciens,
dans le regard des jeunes,
dans la volonté des hommes,
dans la tendresse des femmes,
dans la foi des peuples.
Ce rêve est encore vivant.
Il est dans le travail des paysans,
dans la patience des ouvriers,
dans l’intelligence des cadres,
dans la passion des artistes,
dans la rigueur des chercheurs,
dans le courage des soldats.
Ce rêve est encore vivant.
Il est dans la prière des croyants,
dans le silence des sages,
dans l’espérance des patriotes.
Ce rêve est encore vivant.
Il est dans l’âme de la nation.
Peuple de dignité,
Fils et filles de l’Afrique éternelle,
Il est des heures où un homme ne parle pas seulement pour son temps,
mais pour l’Histoire.
Il est des jours où le silence des ancêtres se fait clameur.
Il est des instants où le rêve des pères devient le devoir des fils.
Aujourd’hui est cette heure.
Aujourd’hui est ce jour.
Aujourd’hui, ce rêve prend chair.
Nos pères ont porté ce rêve.
Certains l’ont nommé. D’autres l’ont trahi.
Mais le rêve n’est pas mort avec les hommes.
Il est dans le fleuve. Il est dans la terre.
Il est dans votre sang.
Nous avons reçu ce rêve abîmé.
Nous avons essayé de le rendre irréversible.
Nous avons construit des institutions
pour que la prédation devienne coûteuse.
Nous avons tracé des corridors
pour que la dérive soit visible avant d’être fatale.
Nous avons installé des gardiens
pour que la mémoire ne meure pas.
Nous avons écrit la méthode
pour que vous n’ayez pas à tout réinventer.
Ce n’était pas parfait. Rien ne l’est.
Mais c’était notre manière de dire :
plus jamais ça.
Plus jamais l’improvisation.
Plus jamais la trahison.
Plus jamais le recommencement perpétuel.
Nous avons essayé de vous léguer un pays qui tienne debout,
même quand ceux qui l’ont bâti ne sont plus là.
Maintenant, le rêve est à vous.
Gardez la dignité.
Ne pliez jamais l’échine devant personne.
Un peuple qui courbe la tête a déjà perdu.
Gardez la souveraineté.
Décidez par vous-mêmes.
Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.
Votre avenir ne se négocie pas ailleurs que chez vous.
Gardez l’unité.
Par-dessus vos langues, vos terroirs, vos mémoires,
soyez un seul peuple.
Un peuple divisé est une proie.
Gardez la justice.
Que la force ne soit jamais sans le droit.
Que l’autorité ne soit jamais sans la dignité.
Que le pouvoir ne soit jamais sans le peuple.
Gardez la terre.
Elle est sacrée. Elle est votre mère.
Ne la laissez pas piller. Ne la laissez pas souiller.
Ceux qui l’ont habitée avant vous vous l’ont confiée.
Vous la confierez à ceux qui viendront après.
Gardez la mémoire.
N’oubliez jamais le prix payé par nos pères.
Ne les jugez pas. Ne les vénérez pas à l’excès non plus.
Mais souvenez-vous.
La mémoire est le sol où le rêve prend racine.
Gardez la méthode.
Les garde-fous que nous avons construits
ne sont pas des chaînes.
Ils sont la mémoire de ce qui a failli nous détruire.
Protégez-les. Améliorez-les. Transmettez-les.
Gardez la foi.
Vous n’êtes pas seuls.
Au-dessus des rois et des présidents,
au-dessus des armées et des institutions,
Il y a Celui qui tient l’Histoire dans Ses mains.
Priez pour cette terre. Priez pour ses enfants.
La prière n’est pas une faiblesse.
Elle est la reconnaissance que tout ne dépend pas de vous.
Si vous tenez ces huit gardiens,
le rêve traversera les siècles.
Si vous lâchez un seul d’entre eux,
tout peut se défaire.
Le choix est simple.
Le chemin est exigeant.
La récompense est à la mesure du combat.
Je ne vous dis pas que ce sera facile.
Les pères ne doivent pas cela aux fils.
Ils doivent leur dire la vérité.
La vérité est que tout peut se défaire.
La vérité est que la vigilance est le prix de la liberté.
La vérité est que la discipline est le nom que l’on donne à l’amour
quand il devient exigeant.
Mais la vérité est aussi que vous êtes capables.
Vous êtes les enfants de ce fleuve.
Vous êtes les héritiers de cette terre.
Vous êtes la mémoire vivante de ce rêve.
Alors levez-vous.
Bâtissez.
Transmettez.
Et quand vous serez à votre tour sur le seuil,
vous écrirez à ceux qui viendront après vous
la même lettre,
avec les mêmes mots,
avec le même rêve.
Car le rêve ne meurt pas.
Il dort parfois.
Mais il se réveille toujours.
Fait au bord du fleuve éternel,
en l’an 1 de la Renaissance,
moi, Joshua NKOMBE,
fils de cette terre,
serviteur de ce peuple,
porte-voix du rêve de nos pères.
Que cette lettre traverse le temps.
Qu’elle trouve ceux qu’elle doit trouver.
Qu’elle accomplisse ce pour quoi elle a été écrite.
Que Dieu bénisse le Congo.
Que Dieu bénisse notre terre.
Que Dieu bénisse nos enfants
et les enfants de nos enfants.
Amen.



