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La leçon de Babel : pourquoi le Congo reste faible malgré ses richesses

Comment un peuple aussi nombreux, vivant sur une terre aussi riche, peut-il être aussi faible quand il s'agit de défendre son propre pays ?

Par Joshua Nkombe17 octobre 20264 min de lecture
La leçon de Babel : pourquoi le Congo reste faible malgré ses richesses

En relisant l’histoire de la tour de Babel, dans le livre de la Genèse, un passage a retenu mon attention.

Rappelons le récit. Toute la terre avait alors une seule langue et les mêmes mots. Les hommes se sont installés dans une plaine du pays de Schinear et ont décidé de bâtir une ville et une tour dont le sommet toucherait le ciel, pour se faire un nom et ne pas être dispersés sur la terre. Dieu est descendu, a confondu leur langage pour qu’ils ne se comprennent plus, puis les a dispersés. Ils ont cessé de bâtir la ville. C’est au cœur de ce récit, en Genèse 11:6, que Dieu déclare :

« Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. »

Je me suis arrêté sur cette phrase. Le texte ne parle ni de richesses extraordinaires, ni d’une armée puissante. Il dit que ces hommes formaient un seul peuple, parlaient une même langue et poursuivaient une même ambition. Leur ambition n’était pas nécessairement juste, puisque Dieu lui-même intervient pour mettre fin à leur entreprise. Mais ce qui m’interpelle, c’est qu’il reconnaît ce dont ces hommes étaient capables parce qu’ils étaient unis.

Si l’unité donne autant de force à des hommes dont Dieu a interrompu le projet, que pourrait-elle permettre à un peuple uni autour d’une cause juste ?

Alors j’ai pensé au Congo, et à une question que je veux partager avec mes compatriotes :

Comment un peuple aussi nombreux, vivant sur une terre aussi riche, peut-il être aussi faible quand il s’agit de défendre son propre pays ?

Nous sommes plus de cent millions de Congolais. Notre territoire dépasse deux millions trois cent mille kilomètres carrés, notre sous-sol renferme des ressources considérables, et nous avons des terres agricoles, des forêts, des fleuves. Pourtant, depuis des décennies, les guerres et les crises ne finissent pas, et nous nous demandons toujours qui va nous sauver.

Un peuple aussi nombreux n’a pas à attendre des autres ce qu’il devrait pouvoir accomplir lui-même. Je ne crois pas que notre faiblesse soit une fatalité. Je crois que nous n’avons pas encore su organiser nos forces autour d’une ambition commune et construire un État capable de transformer nos ressources et nos capacités en puissance nationale.

À Babel, les hommes savaient ce qu’ils voulaient accomplir. Quelle est aujourd’hui l’ambition commune des Congolais ? Nous voulons tous la paix, le développement, un Congo fort et respecté. On peut pourtant vouloir la paix sans être prêt aux efforts qui la construisent.

Nous avons transformé nos divergences politiques en divisions nationales. Quand un dirigeant échoue dans sa mission, certains se réjouissent parce qu’il est du camp adverse, comme si les conséquences de son échec ne touchaient pas le pays tout entier. Quand une décision menace la nation, d’autres la défendent parce qu’elle vient de leur famille politique.

Un pays ne devient pas fort quand ses citoyens voient dans leurs adversaires politiques des ennemis plus dangereux que ceux qui menacent son existence. Une nation forte laisse les idées s’affronter, mais il doit exister quelque chose au-dessus de nos rivalités. Pour moi, cette chose, c’est le Congo.

Nous répétons depuis des décennies que le Congo est un scandale géologique, qu’il possède des minerais stratégiques, que ses terres pourraient nourrir une grande partie de l’Afrique. Tout cela est vrai. Mais qu’avons-nous construit avec ces richesses ?

Une richesse qu’on ne sait ni protéger, ni transformer, ni mettre au service de son peuple n’est pas encore une puissance. Elle peut devenir une source de dépendance et de conflits. Un peuple peut posséder toutes les richesses du monde et rester pauvre s’il ne s’organise pas pour les exploiter à son avantage.

À Babel, les hommes parlaient une même langue. Un peuple n’a pas besoin de parler une seule langue pour devenir puissant, et notre diversité n’est pas notre faiblesse. Je ne demande pas que tous les Congolais pensent de la même manière, votent pour le même parti ou soutiennent le même dirigeant. Une telle unité deviendrait vite le fondement d’une dictature.

Il nous faut une volonté nationale assez forte pour survivre à nos différences. Nous devons pouvoir nous opposer sur la manière de gouverner tout en restant d’accord sur l’intégrité de notre territoire, sur l’ambition de construire une économie qui serve notre peuple et sur la nécessité de préserver les acquis de la nation au-delà des alternances politiques.

Le Congo doit devenir une ambition supérieure à nos intérêts particuliers.

Si Dieu lui-même a reconnu ce dont des hommes unis autour d’un même projet étaient capables, que pourrions-nous accomplir, nous Congolais, si nous décidions enfin de réunir nos forces pour reconstruire notre nation ?

Nous connaissons ce qui nous divise : nos blessures, nos rivalités, les erreurs de notre histoire. Mais savons-nous encore ce qui doit nous unir ?

Joshua NKOMBE
18 octobre 2026

Rereading the story of the Tower of Babel in the Book of Genesis, one passage caught my attention.

Let us recall the story. The whole earth then had one language and the same words. Men settled in a plain in the land of Shinar and decided to build a city and a tower whose top would reach the heavens, to make a name for themselves and not be scattered over the earth. God came down, confused their language so that they could no longer understand one another, and scattered them. They stopped building the city. It is at the heart of this story, in Genesis 11:6, that God declares:

« Behold, the people is one, and they have all one language; and this they begin to do: and now nothing will be restrained from them, which they have imagined to do. »

I stopped at this sentence. The text speaks neither of extraordinary wealth nor of a powerful army. It says that these men formed one people, spoke one language and pursued one ambition. Their ambition was not necessarily just, since God himself steps in to put an end to their undertaking. But what strikes me is that he recognises what these men were capable of because they were united.

If unity gives so much strength to men whose project God interrupted, what could it make possible for a people united around a just cause?

So I thought of Congo, and of a question I want to share with my fellow citizens:

How can a people so numerous, living on such a rich land, be so weak when it comes to defending its own country?

We are more than one hundred million Congolese. Our territory covers more than two million three hundred thousand square kilometres, our subsoil holds considerable resources, and we have farmland, forests and rivers. Yet for decades the wars and crises have not ended, and we keep asking who is going to save us.

A people this numerous should not wait for others to do what it ought to be able to accomplish itself. I do not believe our weakness is inevitable. I believe we have not yet managed to organise our strengths around a common ambition and to build a State capable of turning our resources and abilities into national power.

At Babel, the men knew what they wanted to achieve. What is the common ambition of the Congolese today? We all want peace, development, a strong and respected Congo. Yet one can want peace without being ready for the efforts that build it.

We have turned our political differences into national divisions. When a leader fails in his mission, some rejoice because he belongs to the other camp, as if the consequences of his failure did not affect the whole country. When a decision threatens the nation, others defend it because it comes from their own political family.

A country does not become strong when its citizens see their political opponents as more dangerous enemies than those who threaten its very existence. A strong nation lets ideas clash, but there must be something above our rivalries. For me, that something is Congo.

For decades we have repeated that Congo is a geological scandal, that it holds strategic minerals, that its land could feed a large part of Africa. All of this is true. But what have we built with this wealth?

Wealth that a nation can neither protect, nor process, nor put at the service of its people is not yet power. It can become a source of dependence and conflict. A people can own all the riches in the world and remain poor if it does not organise itself to use them to its own advantage.

At Babel, the men spoke one language. A people does not need to speak a single language to become powerful, and our diversity is not our weakness. I am not asking all Congolese to think alike, vote for the same party or support the same leader. Such unity would quickly become the foundation of a dictatorship.

We need a national will strong enough to survive our differences. We must be able to disagree on how to govern while still agreeing on the integrity of our territory, on the ambition to build an economy that serves our people, and on the need to preserve the nation’s achievements beyond changes of government.

Congo must become an ambition greater than our private interests.

If God himself recognised what men united around a single project were capable of, what could we Congolese achieve if we finally decided to join our strengths to rebuild our nation?

We know what divides us: our wounds, our rivalries, the mistakes of our history. But do we still know what must unite us?

Joshua NKOMBE
October 18, 2026

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